ANATOLIA CULTURA TRAVEL
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Ce séjour de ski turc en Anatolie centrale fut un beau voyage exotique aux conditions souvent. difficiles. Nous avons tenté quelques variations sur les volcans de l’Erciyes de l’Hasan Dagi, des massifs du Bolkar et de l’Aladagar avec plus ou moins de succés. Voici le récit par Marie Paule Nullans d’une dernière journée mouvementée

Vendredi 19 avril
Ce matin, le temps est plus que maussade, dehors c’est gros brouillard avec un peu de neige fraîche tombée sur le sol de Çukurbağ (prononcer tchukurbah), le petit village perdu d’Anatolie centrale dans lequel nous avons établi notre camp de base depuis 3 jours. Depuis le début de la semaine, c’est ambiance Winter sleep en Turquie et nous devons composer avec une météo plus que capricieuse. Julien, notre guide a prévu pour aujourd’hui un plan A, puis B, puis C … à regarder ce que nous voyons par la fenêtre, ça sent le plan B voire C à plein nez ! Nous voilà donc partis pour un plan B à bord de notre minibus pour touristes Volkswagen, en direction du village de Sulucaova, situé à 20km au pied de montagnes faciles dont les pentes, malgré la neige fraîche tombée la veille, ne devraient pas nous inquiéter. 


Julien navigue très à l’aise sur son téléphone, avec une application au nom évocateur de « FatMap » qui lui montre en détail tous les reliefs et cartes du monde entier, les inclinaisons des pentes, les photos satellites … et bientôt peut être la météo en direct !


Nous quittons la route principale pour prendre une voie plus étroite et au fur et à mesure couverte de neige. Osman, notre audacieux chauffeur, à bord de son bus non équipé pour la neige roule dans le sillages de traces fraîches, qui s’avèrent être celles du camion collecteur de lait, que nous apercevons bientôt arrêté au beau milieu d’une côte, la neige semble avoir eu raison de sa progression ! C’est là que notre Osman décide qu’il doublera à l’aise ce malheureux laitier et prend son élan dans l’espoir incensé de le doubler par le bas-côté gauche … quelques secondes plus tard, nous voilà bien planté dans le talus, le bus penche dangereusement ! Nous sortons promptement, tout étourdis par cette manœuvre aussi hasardeuse que farfelue … Osman et Adem, notre guide turc, décident d’en griller une pour reprendre leurs esprits … la situation est cocasse, nous prenons le parti d’en rire. 


Un tracteur providentiel arrive bientôt avec câbles pour tirer d’affaire laitier et touristes. Quelques minutes plus tard nous sommes débarqués dans un village qui paraît désert, quelques modestes maisons de bric et de broc semblent anesthésiées par le brouillard et le froid. Tels des extra-terrestres débarqués d’une soucoupe volante, nous déballons skis et peaux et partons sur une piste au milieux de prés brumeux, sur 20 de neige cm déjà très humide, guidés par FatMap, en laissant une trace terreuse derrière nous, à la conquête d’un improbable sommet ! 400m de montée plus haut, nous décidons d’attendre que le brouillard se lève en haut d’une antécime … l’éclaircie est capricieuse et elle arrivera au milieu de la descente dans un large canyon.


On aperçoit enfin plus haut un sommet qui semble avoir de l’allure, on se pose un moment la question d’y remonter, mais la motivation nous manque. Retour au village en évitant les cailloux en embuscade sous la fine couche de neige humide. Notre dernière journée de ski se termine sur une touche tant insolite qu’exotique, un brin frustrante, mais il faut savoir accepter les caprices de madame météo. 


On décide de se rattraper sur un bon Kébab, que nous n’avons pas encore eu l’occasion de tester. Adem nous emmène dans la bourgade de Derinkuyu, qui semble ressembler à beaucoup d’autres ; Un voire deux minarets, quelques drapeaux rouges nationaux qui flottent sur les points stratégiques, l’inévitable statue d’Ataturk, le vénéré président fondateur de la république turque sur la place du village ou des hommes désoeuvrés discutent sur de vieux bancs, occupés à ne rien faire. La vie semble couler lentement, rythmée par les appels du Muezzin.

Le soir, nous assisterons à un spectacle de Dervishes tourneurs ; ces hommes tournent sur eux mêmes vêtus de longues robes blanches et d’un haut bonnet de feutre, rythmés par un chant envoutant.

D’après le moine soufi Sultan Veled, fondateur de cette pratique, la condition essentielle de l’homme est de tourner car il n’y a rien qui ne tourne pas dans l’univers. Ce matin, nous avons tournés quelques petits virages, nous finissons ce soir avec de grandes et mystiques rondes …